PORTFOLIO/

(H)ÅND

FOR THE LOVE OF TREES

MOTHER

WANDERINGS

HUMAN HAÏKUS

SOUND OF WATER

SOUVENIRS FLOUS ET MONDES IMAGINAIRES

DESSIN

PASTEL

GRAND FORMAT

En juin 2024, j’étais artiste en résidence à l’Académie Danoise à la Villa Borghèse à Rome, quand ma main gauche m’a brusquement lâchée.

Lors de ma seconde résidence à Rome, alors que je préparais l’enregistrement de mon 5ème disque autour des transcriptions par Busoni de pièces de J.S. Bach et travaillait sur mon 4eme livre, une tendinite à la main gauche m’a éloignée de mes projets pendant plusieurs mois. Et si ce n’était pas assez : un an plus tard, ma main gauche à été fracturée.

Eloignée du clavier, je restais liée à mes premières amours, celles de la musique, à travers le dessin et l’usage du pinceau. L’adversité m’a conduite à reporter mon énergie créatrice – que je considère toute aussi essentielle dans l’acte d’interprétation musicale – dans l’expression artistique plastique. Je m’y suis pleinement investie et je la tiens maintenant pour aussi importante que la musique et l’écriture. Je suis convaincue – à 34 ans, à ce stade de ma carrière et avec comme point de référence les artistes majeurs de la Renaissance – que ces champs d’expression, loin de
devoir se démarquer, peuvent au contraire se compléter, se rejoindre, voire fusionner.

“Les chemins s’entrelacent dans l’infini entre le monde de la musique et le monde de l’art visuel. Que l’on sculpte l’air qui vibre ou de la pierre, les formes sont les mêmes. Je suis convaincue que toute expression, quelle que soit sa forme, prend vie au même endroit, mais qu’elle se manifeste différemment selon les outils que nous avons à portée de main.”

Maria Bundgard

Une évidence m’est apparue lors de ma transition d’une forme d’art à une autre. Ce qui est hautement essentiel à mes yeux en tant que pianiste concertiste est une sorte de communion artistique : le compositeur, l’écrivain ou l’artiste apporte à l’œuvre son âme, son cœur, son corps et son sang, et cela continuera à y être ancré au-delà de l’espace et du temps qui lui est imparti. Mon rôle en tant que musicienne est de faire revivre l’âme du compositeur au travers de l’étude, de la compréhension, de l’appropriation et de l’exécution de son œuvre – en y mêlant une part aussi importante de ma propre âme. La vie éternelle peut ainsi se trouver dans ces moments partagés entre deux êtres, séparés dans plusieurs dimensions, car tant que quelqu’un joue l’œuvre d’un compositeur, regarde un œuvre d’un artiste ou lit les mots d’un écrivain, son âme reste en nous et dans ce monde.


Dans cet esprit, la première réalisation à laquelle j’ai travaillé a été une plaque mémorielle pour un arbre de pin mort qui se trouvait devant l’Académie Danoise à Rome. Je souhaitais que la mémoire de cet arbre se perdure en capturant son existence et sa vie passée, celle que l’on pouvait lire dans son écorce. Dans mon imagination, je prenais des notes sur son passé et rendais hommage aux histoires qui furent les siennes, pour lui donner une vie éternelle.
Pendant les années que j’ai passées en Italie, j’ai été témoin de nombreuses fois, en raison de diverses sécheresses et tempêtes liées au changement climatique, de la séparation des arbres et de la douleur qui s’en suivait. Les arbres vivent côte à côte avec les humains et ces-derniers y attachent une grande valeur symbolique et émotionnelle. Nous pouvons traverser un vrai deuil lorsqu’un arbre planté par un père ou un grand-père lui-même décédé doit être un jour arraché.

Je suis honorée que l’œuvre que j’ai créée pour le pin mort fait maintenant partie de la collection de l’Académie Danoise à Rome.